Cancer du poumon : quand l’hérédité s’en mêle

Si le tabagisme reste le principal facteur de risque de cancer du poumon, il en existe d’autres. Certains sont d’origine professionnelle comme l’amiante, d’autres ont des racines environnementales, comme la pollution de l’air ou le radon, un gaz omniprésent naturellement présent dans l’atmosphère résultant de la désintégration des éléments radioactifs dans le sol.

Mais il existe également des facteurs de risque génétiques – des variations de nos gènes depuis la naissance qui, pour certains, augmentent considérablement le risque de cancer du poumon. Ces mutations sont appelées «variantes pathogènes». C’est ce qu’on appelle une prédisposition génétique au cancer du poumon.

Ces «cancers génétiques» apparaissent plus tôt – avant 50 ans – que les cancers du poumon conventionnels – vers 65 ans – souvent chez les non-fumeurs. Les identifier est essentiel pour le patient, car leur prise en charge médico-chirurgicale peut être optimisée. Mais c’est aussi et surtout pour sa famille, les variantes pathogènes étant héréditaires. Ils peuvent, en fait, être transmis à la progéniture et, le plus souvent, ont été hérités de l’un des deux parents.

Deux gènes en cause

Deux gènes en cause

On sait depuis les années 1960 qu’avoir un parent proche qui a eu un cancer du poumon augmente le risque d’en développer un par vous-même, que vous fumiez ou non. Sur le même sujet : Covid-19: le FMI félicite le Conseil fédéral. Plus récemment, des études jumelles ont montré l’importance des facteurs génétiques.

Le risque de développer un cancer du poumon pour le “vrai” jumeau (monozygote, c’est-à-dire issu du même ovule) d’un patient qui a déclaré un cancer du poumon est en fait supérieur à celui soutenu par un “faux” jumeau. »Twin (dizygote, deux ovocytes différents). Alors que les jumeaux monozygotes ont la même constitution génétique, les jumeaux dizygotes n’en partagent qu’environ la moitié. En présence d’une exposition cancérogène similaire (tabac, pollution, amiante, radon, etc.), le risque plus élevé observé chez le premier atteste donc de la part de risque attribuable à nos gènes.

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Deux gènes principaux prédisposant au cancer du poumon sont désormais connus: TP53 (protéine tumorale P53) et EGFR (récepteur du facteur de croissance épidermique). Les deux sont impliqués dans l’adénocarcinome du poumon, le cancer du poumon le plus fréquent, mais probablement pas dans les autres cancers, les tumeurs étant classées en fonction de leurs caractéristiques microscopiques.

Les variants pathogènes de TP53 sont responsables d’une maladie génétique rare: le syndrome de Li-Fraumeni. Chez les personnes touchées, le risque de développer de nombreux types de cancer augmente, souvent à un jeune âge. Les cancers les plus courants sont le cancer du sein, les tumeurs des os et des tissus mous (sarcomes), les tumeurs cérébrales, la leucémie et certaines tumeurs des glandes surrénales (glandes qui produisent des hormones de stress).

Mais ce n’est que récemment que le risque accru de cancer du poumon a été démontré de manière convaincante. Au début des années 2010, près de 300 personnes atteintes du syndrome de Li-Fraumeni mais sans cancer ont été suivies par imagerie par résonance magnétique (IRM). Lors du premier examen, 9 d’entre eux ont reçu un diagnostic de cancer du poumon.

Le rôle du gène EGFR, le deuxième gène majeur de prédisposition au cancer du poumon, a été découvert pour la première fois chez des non-fumeurs atteints d’adénocarcinome pulmonaire. Chez ces patients, un variant pathogène a été trouvé dans les cellules cancéreuses, mais pas dans les cellules «normales», car le cancer acquiert ces variants d’EGFR au fur et à mesure qu’il progresse et est exposé au traitement.

Cette découverte a littéralement transformé le traitement du cancer du poumon en permettant le développement de thérapies géniques spécifiques dans la cellule cancéreuse. Chez de rares patients, cependant, la variante pathogène se trouve également dans les cellules normales, ce qui conduit alors à un syndrome de prédisposition génétique. Contrairement au syndrome de Li-Fraumeni, les patients risquent uniquement de développer un cancer du poumon.

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Aussi fréquent que le cancer du sein en France

Aussi fréquent que le cancer du sein en France

À la lumière de l’intérêt croissant pour le sujet et des progrès dans les capacités d’analyse génétique, la connaissance des prédispositions génétiques au cancer du poumon devrait progresser considérablement dans les années à venir avec l’identification de nouveaux gènes. Des données récentes suggèrent spécifiquement que le gène ATM peut également être associé au cancer du poumon. Ce gène prédisposant au cancer du sein et du pancréas est également responsable d’une maladie neurodégénérative chez l’enfant: l’ataxie télangiectasie.

Une prédisposition génétique au cancer du poumon n’est identifiée que chez un faible pourcentage de patients atteints de la maladie (dans 1 à 2% des adénocarcinomes, par exemple). En chiffres absolus, une variante pathogène serait cependant retrouvée chez plusieurs centaines de nouveaux patients par an en France, si des recherches étaient systématiquement lancées pour étudier les cas suspects. En ajoutant les autres porteurs de la famille, nous arrivons à environ 1000 nouvelles personnes touchées chaque année.

On peut noter que la proportion d’adénocarcinomes pulmonaires d’origine génétique est assez proche de celle observée dans le cancer du sein, cependant le monde médical et les non-spécialistes sont beaucoup plus familiers avec cette seconde maladie.

Identifier une prédisposition génétique est bénéfique d’une part pour le patient traité et d’autre part pour sa famille. En effet, le traitement du patient peut être optimisé, par exemple en évitant la radiothérapie, dont la toxicité est augmentée dans le cas du syndrome de Li-Fraumeni, ou en administrant des thérapies ciblées de dernière génération, dans le cas du syndrome de Li-Fraumeni d’une variante pathogène de EGFR. L’identification de porteurs sains parmi les proches du patient permet d’envisager un dépistage du cancer du poumon, par exemple avec des IRM thoraciques régulières et des recommandations strictes de non-fumeur.

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Le diagnostic de cancer du poumon chez un jeune qui souvent ne fume pas est un véritable cataclysme. Face à une maladie naturellement associée au tabagisme et à l’âge, un sentiment d’incompréhension prédomine. L’évocation d’une cause génétique fournit le déclenchement d’une explication et un dégagement de la responsabilité personnelle de l’apparition de la maladie. Une prédisposition génétique, une fois identifiée, permet une action puisqu’il est donc possible de mieux traiter le patient et de protéger ses proches.

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