Le modèle Space X : quels défis industriels pour l’Europe ?

Le modèle Space X : quels défis industriels pour l'Europe ?

À l’occasion du lancement réussi du porte-avions SpaceX Falcon 9 et de sa capsule Crew Dragon vers la Station spatiale internationale (ISS) vendredi dernier avec quatre astronautes à bord, dont le français Thomas Pesquet, Gaspard Schnitzler, chercheur à IRIS, revient les enjeux industriels de ce nouveau modèle économique.

En quoi ce lancement marque-t-il un tournant dans l’histoire des voyages spatiaux humains?

On peut supposer que ce lancement représente un tournant en ce qu’il confirme l’émergence d’acteurs privés dans un domaine jusque-là réservé aux acteurs étatiques: celui des vols habités. Après un premier vol d’essai en mai 2020 et le lancement de la capsule Crew 1 en novembre 2020, il s’agit du troisième vol habité de SpaceX, qui s’est imposé comme le principal fournisseur de la NASA ces dernières années. La société privée fondée en 2002 par le milliardaire américain Elon Musk a notamment été mandatée pour le transport vers l’ISS (ravitaillement et expédition d’astronautes) et l’expédition d’astronautes américains vers la Lune via le vaisseau spatial réutilisable (jusqu’en 2024) dans le cadre de le programme Artemis.

Ce n’est pas le seul fournisseur privé qui a vu le jour aux États-Unis ces dernières années (c’est-à-dire la société Blue Origin fondée en 2000 par le PDG d’Amazon Jeff Bezos) dans le cadre de ce que l’on appelle «NewSpace». Ce phénomène peut être défini comme l’émergence d’un nouvel écosystème spatial composé d’entreprises privées utilisant des modèles économiques innovants pour améliorer l’accessibilité de l’espace. Cette libéralisation de l’accès à l’espace est favorisée outre-Atlantique par un cadre juridique propice aux activités spatiales commerciales et un fort soutien gouvernemental, et n’est pas sans conséquences pour les acteurs spatiaux établis dont ils perturbent les activités.

En proposant des services à bas coût, notamment en développant des lanceurs plus légers (donc moins gourmands en carburant) et partiellement réutilisables grâce à la miniaturisation des composants et à l’utilisation de l’impression 3D, ces nouveaux venus obligent les gamers à abandonner leurs produits traditionnels repenser modéliser et adapter pour ne pas disparaître. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: alors que le coût moyen de lancement en orbite basse était d’environ 20000 USD par kilo dans les années 2000, SpaceX s’est fixé pour objectif de réduire ce coût à 1100 USD par kilo, un objectif financier ambitieux. être en route si l’on en croit le coût au kilo du transporteur Falcon 9, qui s’élevait à 2700 dollars en 2019.

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Quels sont les enjeux industriels de ce nouveau modèle économique? Doit-on considérer cela comme une menace pour l’industrie spatiale européenne?

L’évolution rapide et soudaine du marché des lanceurs constitue un véritable défi pour l’industrie spatiale européenne. Aujourd’hui, deux grands défis se posent: d’une part, la réutilisation des lanceurs et, d’autre part, la réduction des coûts de propulsion. Par conséquent, le lanceur européen Ariane 6 de taille moyenne d’ArianeGroup, actuellement en cours de développement pour le compte de l’Agence spatiale européenne (ESA), est déjà classé comme «obsolète» malgré les efforts sur les propulseurs (avec une utilisation importante de l’impression 3D), bien que non le cas devrait être opérationnel au deuxième trimestre 2022, c’est-à-dire deux ans trop tard. Développé en 2014 pour remplacer le lanceur lourd Ariane 5, le lanceur européen est trop cher et pas assez compétitif par rapport à ses concurrents étrangers (Ariane 6 n’est pas réutilisable). Il entre dans un marché en évolution rapide et beaucoup plus concurrentiel. Une autre question qui se pose est la fréquence des démarrages. Compte tenu de la baisse significative du nombre de lancements de satellites commerciaux en orbite géostationnaire ces dernières années (d’une vingtaine par an à environ six), le modèle économique sur lequel repose Ariane (1/3 missions institutionnelles et 2/3 missions commerciales) est devenir de façon permanente dans une question posée. Le taux de démarrage institutionnel à lui seul (3 à 4 par an) ne permet pas d’amortir des coûts fixes importants. Il est donc important de repenser l’industrialisation des lanceurs européens et de les adapter à de nouveaux modèles (micro-lanceurs, réutilisation, etc.) afin de gagner en compétitivité et de maintenir un secteur industriel stratégique dont dépend l’accès autonome de l’Europe à la technologie.

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C’est aussi la réflexion menée aujourd’hui par le principal acteur européen du secteur, Arianespace. Afin de suivre Ariane 6, la société entend développer une nouvelle gamme de lanceurs standardisés permettant de réduire drastiquement les coûts de lancement (réutilisation d’étape, monomoteur, fabrication additive, etc.). En 2020, l’entreprise a été mandatée par l’ESA pour concevoir un premier étage réutilisable (Themis), dont la démonstration aura lieu en 2023, ainsi qu’un nouveau moteur réutilisable (Prometheus) qui réduira de moitié le coût du kilogramme d’orbite. , diminuant ainsi de 10 000 à 5 000 €. Un chiffre encourageant, mais encore loin de l’objectif de 1 100 dollars de SpaceX …

Comment l’UE répond-elle à ces défis? Une stratégie européenne de lanceurs est-elle possible?

La Commission européenne, qui veut prendre la tête de la politique spatiale au niveau de l’UE, examine actuellement à quoi pourrait ressembler la politique de l’UE en matière de lanceurs après 2025 et a lancé une consultation sur l’avenir des lanceurs européens à cette fin. Si une stratégie européenne de lanceurs est souhaitable – les États européens seuls ne disposent pas de ressources financières suffisantes pour faire face à la concurrence stratégique mondiale – elle se heurte désormais à un certain nombre de limites. Parmi ces limites, on peut citer notamment le manque de protection juridique claire entre la Commission européenne et l’Agence spatiale européenne (ESA), ainsi que les différentes positions entre les États européens sur des décisions clés comme la question du retour. zone géographique, le défi de la consolidation de l’industrie spatiale européenne ou du développement d’une nouvelle gamme de lanceurs. Par exemple, l’Allemagne est d’avis que le développement d’un lanceur de nouvelle génération en tant que successeur d’Ariane 6 est prématuré à ce stade et qu’il ne devrait pas voir le jour avant 2030, là où la France et l’Italie, qui sont également qui met actuellement en place un «groupe de travail pour l’avenir des lanceurs européens» estime que la question se pose maintenant et qu’un lanceur démonstrateur devrait voir le jour en 2025. La politique de retour géographique divise également les États européens, tandis que la fragmentation de la chaîne de production affecte la compétitivité du modèle européen et illustre les deux visions opposées de la gouvernance du secteur spatial: celle de l’ESA en faveur d’une industrie avec un juste retour et celui de la Commission qui pour une gouvernance plus efficace. La question se pose également en ce qui concerne l’ouverture de la Marché de la concurrence. Le secteur européen des lanceurs avec l’arrivée de nouveaux acteurs du marché comme la start-up allemande Isar Aerospace, qui vient d’être mandatée pour lancer un satellite d’Airbus D&S au détriment du lanceur léger européen Vega.

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Cependant, la France et l’Allemagne reconnaissent l’importance d’une approche commune et ces différences pourraient bien être réduites. Les deux pays ont également mis en place un groupe de travail conjoint dans le but de “contribuer à la formation de positions européennes communes sur la politique spatiale”. . Parmi les réponses que l’UE pourrait apporter à ces nouveaux défis, la mise en place d’un «Buy European Act» proposé par la France permettrait de pérenniser le secteur spatial européen en introduisant une préférence européenne pour les lancements institutionnels, comme le Buy American Act américain qui réserve le gouvernement démarre pour les entreprises américaines.

Sources :

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